J'aime beaucoup les asperges, et en plus leur saison est courte, il ne faut pas la rater. Le hic est que Patrick trouve que ça n'a aucun intérêt. J'en ai quand même acheté aujourd'hui, et puis j'ai cherché une manière de les faire qui nous ferait plaisir à tous les deux. Une fois de plus, j'ai ouvert le frigo pour voir sur quels aliments je pouvais compter et pour stimuler mon imagination. Mon regard a croisé une boule de mozarella, habituellement utilisée chez nous ou pour des tomates-mozza, ou pour des gratins ou pizza, et je me suis dit qu'après tout, on pouvait faire un mix des concepts de tomate-mozza et d'asperges-vinaigrette.


DSCN2785



Une fois l'idée en tête, c'est tout simple :

une douzaine d'asperges vertes
1 boule de mozzarella
1 tomate
3 ou 4 brins d'estragon
1 c à s de moutarde à l'ancienne
2 c à s de vinaigre balsamique
2 c à s d'huile d'olive
sel
poivre



Cuire les asperges en veillant à ce qu'elles restent fermes, les laisser refroidir.
Pendant ce temps faire la sauce avec les ingrédients mentionnés.
Les couper, couper la mozarella, la tomate, mélanger avec la sauce.



DSCN2786



Le craquant des asperges se marie très bien avec le moelleux de la mozaella, et l'estragon apporte un goût très sympathique. Je pense qu'un peu d'ail ou d'oignon cru serait le bienvenu, mais je n'en avais pas.


Puisqu'on parle d'asperges, je ne résiste pas à vous faire partager ce passage de Du côté de chez Swann de Proust, qui rapellera à certaine un oral de capes, à d'autres l'hypokhâgne, et peut-être encore d'autres souvenirs à d'autres lecteurs que je connais moins...

"A cette heure où je descendais apprendre le menu, le dîner était déjà commencé, et Françoise, commandant aux forces de la nature devenues ses aides, comme dans les féeries où les géants se font engager comme cuisiniers, frappait la houille, donnait à la vapeur des pommes de terre à étuver et faisait finir à point par le feu les chefs-d'oeuvre culinaires d'abord préparés dans des récipients de céramistes qui allaient des grandes cuves, marmites, chaudrons et poissonnières, aux terrines pour le gibier, moules à pâtisserie, et petits pots de crème en passant par une collection complète de casseroles de toutes dimensions. Je m'arrêtais à voir sur la table, où la fille de cuisine venait de les écosser, les petits pois alignés et nombrés comme des billes vertes dans un jeu ; mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d'outremer et de rose et dont l'épi, finement pignoché de mauve et d'azur, se dégrade insensiblement jusqu'au pied - encore souillé pourtant du sol de leur plant - par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s'étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d'aurore, en ces ébauches d'arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j'en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum."